Entretien : Jim Cummings

©BossaNova/Paname Distribution/ The 10 East/Vanishing Angle

À l’occasion de la promotion de son film, Thunder Road, c’est dans un hôtel du 6ème arrondissement que nous retrouvons Jim Cummings. Après s’être exercé avec plusieurs court-métrages, le scénariste, acteur et réalisateur tente le long métrage, avec un film tout aussi drôle qu’émouvant, vrai et intense. Son talent lui a permis de remporter notamment le Grand Prix du 44ème festival du film américain de Deauville.

Spoon of Moon : Comment vas-tu ?

Jim Cummings : Ça va très bien ! Nous avons gagné le Grand Prix à Deauville la semaine dernière, et pour être honnête, c’était incroyable et vraiment inattendu. Tous ces acteurs bourrés de talents qui venaient me voir pour me féliciter… C’était presque irréel. Sandrine Kiberlain était la présidente du jury, et je suis un grand fan de ce qu’elle fait. C’était bizarre d’être avec elle toute la soirée de clôture et de la voir aimer mon film à ce point. Cet accueil, pour mon film, était une vraie surprise pour moi.

Thunder Road est assez drôle, mais en même temps très dur. Dans quelles conditions as-tu écrit ce film ?

J’étais vraiment seul. Je l’ai écrit dans le sous-sol d’un ami. Il y avait un lit dans un coin, mais la pièce était immense, donc je pouvais vraiment occuper l’espace pour jouer les scènes que j’imaginais. J’ai eu l’idée de commencer le film par les funérailles, puis j’ai commencé à noter des idées pour d’autres scènes dans mon téléphone. En cinq jour, j’avais plus de 70 pages de scénario, puis j’en ai eu 90 en très peu de temps. Tout cela s’est déroulé en février 2017, puis pendant quelques, mois j’ai essayé de trouver des financements. Personne ne voulait financer mon projet, mais on a quand même réussi à récolter 36 000 dollars grâce au financement participatif.

C’est ton premier long-métrage et il contient beaucoup de plans-séquences. C’est assez audacieux pour un film indépendant à petit budget. Ce n’était pas trop difficile de présenter le projet à des producteurs ?

Mon expérience a joué en ma faveur. Dans les deux ans qui précédaient, j’avais déjà fait dix court-métrages, qui étaient tous des plans-séquences. J’avais assez d’expérience pour faire des plans-séquences dans un long-métrage. En plus, ma productrice, Nathalie Metzger, avait produit neuf de ces court-métrages, donc elle savait ce qui l’attendait. Au final, on s’est beaucoup amusé sur ce tournage. La majorité de mon équipe n’était pas professionnelle, mais tout le monde travaillait énormément. Tout s’est déroulé très vite, puisqu’on a tourné le film en quatorze jours. C’est en partie grâce aux plans-séquences : on pouvait tourner plus de dix pages par jour, ce qui est incroyable au cinéma. En plus, on a beaucoup répété en amont du tournage. C’était donc assez facile. Après, c’est certainement plus compliqué quand la caméra doit se déplacer dans beaucoup d’endroits précis. Là, la caméra restait à sa place et zoomait ou dézoomait.

Et pourquoi des plans-séquences ? C’est pour l’émotion ?

Pour tout ! J’adore les plans-séquences. Je regarde beaucoup de films qui en comportent, comme Les Fils de l’homme d’Alfonso Cuarón, ou les films d’Andreï Tarkovsky. Ils sont difficiles et impressionnants pour le public. Quand je regarde Les Fils de l’homme, je me demande toujours comment ils ont pu réussir à faire ça. C’est ce que je veux que mon public ressente aussi. Depuis le début, je sais que c’est le genre de cinéma que je veux faire. Mais également pour l’émotion. En tant que spectateur, je trouve que les plans-séquences nous permettent de ressentir plus intensément l’histoire et les expériences des personnages. Je trouve cela beaucoup plus puissant qu’un film avec un montage plus conventionnel. C’est comme si on regardait un tour de magie, on est captivé par ce qu’on voit à l’écran.

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©BossaNova/Paname Distribution/ The 10 East/Vanishing Angle

Tu fais beaucoup de choses dans ce film : scénariste, acteur, réalisateur, monteur, tu joues aussi trois chansons. C’est beaucoup ! Tu le referais pour un autre film ?

J’espère ne pas avoir à la refaire, parce que c’est beaucoup de travail. La seule raison pour laquelle j’ai fait tout ça est parce qu’on n’avait pas d’argent. J’ai monté le film, mais je n’ai pas été payé pour ça. On a tourné le film avec 180 000 dollars. À la fin du tournage, on avait déjà dépensé 165 000 dollars et on avait besoin de professionnels pour mixer le son et pour étalonner les images et les couleurs. Je l’ai donc monté gratuitement, puis on ne pouvait pas payer de musiciens, alors je l’ai fait aussi. Mais j’ai adoré faire cela ! Pour moi, c’est vraiment ça faire un film. On a beaucoup plus de contrôle sur le film. Alors pour répondre à ta question, je le referai quand avec plaisir ! C’est un projet qui me tenait vraiment à cœur, et c’est pour cela que j’ai travaillé très dur dessus. Mes films ne peuvent pas être médiocres, ils doivent être parfaits ! Et pour m’assurer qu’ils soient au moins bons, je me devais aussi de tout faire ! Je passais des heures sur le montage, parfois jusqu’à l’aube.

Donc vous avez tourné le film en 14 jours. Combien de temps a duré le montage ?

Il a duré trois mois. Tout est allé très vite. On l’a tourné en quatorze jours en novembre, et on devait le rendre fini à la production en janvier au plus tard. Je devais aller très vite pour le monter.

Tu as fait des court-métrages, des séries, et maintenant un long-métrage. Comptes-tu explorer d’autres formats dans le futur ?

Oui, j’adorerais faire de la VR {réalité virtuelle}. La VR est bien pour moi, parce que ça doit être en plan-séquence. C’est une expérience très immersive, et s’il y a du montage, cela tombe à l’eau. Quand l’expérience est réussie, le public ressent tout plus intensément. Récemment, à Cannes, il y avait une expérience en VR, qui mettait en scène une traversée de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, avec une arrestation. Les gens en sortaient en pleurant. J’aimerais vraiment arriver à créer une expérience aussi immersive. Déjà, je pense que mon prochain projet sera au moins tourné en 3D. Il sera sûrement projeté en 2D, mais on aura au moins une version 3D du film.

La critique de Thunder Road est ici !

Propos recueillis et traduits par Aloïs Dunand et Florian Fessenmeyer.
Tous nos remerciements à Jim Cummings et Michel Burstein !

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