Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn

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Après des années d’une relation abusive, Harley Quinn se trouve enfin séparée du charismatique Joker. Pressée de faire savoir la nouvelle à tout Gotham City, Harley ne réalise pas qu’elle est désormais considérée comme une proie facile par tous ces anciens ennemis. Sa seule chance d’échapper à la mort, retrouver un diamant valant plusieurs millions de dollars… mais elle doit faire vite, la moitié de la ville est à la recherche du précieux bijou.

Violence grasse, blagues méta, anti-héros et narration en voix off, il apparaît assez clair que DC tente ici de nous proposer sa version féminine et colorée du « Deadpool » de Marvel. Si il hérite donc des qualités dudit film, il hérite également de ses défauts : ce qu’il gagne en humour et en idées de mises en scène, il le perd dans la lisibilité de sa narration. Dans les deux cas, cela est dû à un recours trop important aux flash-backs qui, s’ils servent à expliquer la backstory des différents protagonistes, finissent par donner le sentiment que l’histoire centrale du film n’avance, elle, que très lentement…

Ce qui est intéressant dans le cas de ce « Birds Of Prey And The Fabulous Emancipation of Harley Quinn », c’est que ce défaut est une mise en abîme de celui qui gangrène plus globalement l’univers DC au cinéma : les choses n’avancent pas. Si l’on considère l’univers cinématographique DC comme une série (et m’est avis qu’on le devrait), « Birds Of Prey » serait l’archétype de l’épisode filler où, après s’être habitué à des enjeux de destruction du monde, l’on vous demande ici de vous investir dans l’histoire de quelques criminels qui se battent pour un diamant pendant deux heures. La chose peut-être très plaisante et bien exécutée, cela ne changera rien au fait que les enjeux dramatiques resteront en deçà des problématiques exposées dans les précédents opus.

Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn Photo Chris Messina Ewan McGregor Margot Robbie©Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.

Devions-nous ne pas nous sentir investis dans l’histoire proposée, ce sont des considérations extra-diégétiques qui viendront donner de l’importance à ce que nous regardons. En étant le premier film centré sur une équipe 100% féminine, ce « Birds Of Prey » a fait de la question des représentations son cheval de bataille, et s’en sort ici bien plus subtilement qu’on ne pouvait le craindre, transformant ainsi ce qui aurait pu être un film de super-héros plus que quelconque, en produit culturel d’importance et méritant notre intérêt.

L’interprétation de mafieux maniéré par Ewan McGregor n’altère en rien l’aura menaçante de son personnage et l’on arrive à nous faire croire à l’émancipation d’Harley Quinn, et ce bien que le personnage soit, par essence, celui d’une femme soumise, hautement influençable et dépendante des personnes qui partagent sa vie (ce que n’oublie pas, non plus, de nous démontrer la première partie du film).

On pourra, de fait, quand même se questionner sur la pertinence de vouloir ériger Harley Quinn comme exemple d’émancipation féminine vu ce passif du personnage, sa folie et sa nature de criminelle. De fait, l’émancipation a tendance à résonner aux oreilles d’Harley comme un prétexte, justifiant l’égoïsme et le fait de mal se comporter avec tout le monde… Heureusement que le personnage évoluera sur ce point de vue, et surtout, que l’on trouvera des formes d’émancipation plus « exemplaires » chez les autres « Birds Of Prey », bien que le film semble décider à les faire passer au second plan pour mieux mettre en lumière le personnage de Margot Robbie qui, rappelons-le, est tout de même productrice du film.

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Un divertissement donc bien sympathique que ce « Birds Of Prey », bien que ne prenant réellement d’importance par la grande diversité des représentations qu’il propose, ce qui, malheureusement, doit encore être considéré comme un facteur d’originalité en ce début 2020. Mais d’avantage que les qualités et défauts intrinsèques du film, c’est surtout la stratégie de Warner/DC qui intrigue sur ce « Birds Of Prey And The Fabulous Emancipation Of Harley Quinn ». Trois mois seulement après avoir sorti le brillant « Joker », et alors qu’il est l’un des favoris pour la cérémonie des Oscars de dimanche soir, Warner juge le moment opportun pour sortir un film sur l’ex-petite copine de ce dernier. Si cela pourrait sembler être une bonne idée au premier abord, on découvre bien vite qu’il n’en est rien ; les deux films ne partageant ni le même ton, ni le même public cible, et ne se revendiquant même pas du même genre cinématographique (Là où « Joker » était un film noir à l’inspiration scorsesienne et réservé à une audience adulte, « Birds Of Prey » s’approche davantage de la comédie d’action façon Deadpool, sur fond de girl power).

Pire, les deux films n’appartiennent même pas au même univers, « Birds Of Prey » n’étant en rien connecté au « Joker » d’octobre, mais étant en réalité la suite officieuse de « Suicide Squad », un film considéré comme assez médiocre sorti il y a quatre ans et dont le reboot est déjà en préparation… Le Joker dont vient de se séparer Harley n’est donc pas celui dont l’histoire s’apprête à sortir en DVD dans quelques jours, mais bien celui avec lequel elle avait partagé l’affiche dans « Suicide Squad », interprété par Jared Leto (qui pour tout arranger, ne veut pas reprendre son rôle dans ce nouveau film, vexé qu’il est qu’un film sur le Joker se soit fait sans lui) … Un bel imbroglio qui risque au mieux de plonger une partie du public dans la confusion, et au pire d’amener à certaines comparaisons entre les deux films qui pourraient desservir cette nouvelle production.

Réalisé par Cathy Yan – avec Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett-Bell, Rosie Perez, Ella Jay Basco, Chris Messina, Ewan McGregor…

Date de sortie : 5 février 2020

États-Unis – 1h49

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